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  • Notre satellisation mentale – l’horloger et le doomscroller

    Trois ans déjà , comme le temps passe et ce qui était un centre d’intérêt marginal se transforme en phénomène de masse. C’est maintenant la société toute entière qui saute sur sa chaise en criant « l’IA, l’IA, l’IA ».

    Mais il y a de quoi. Voilà que tout ce qui semblait insurmontable ne nous apparait plus comme tel. Voilà que cette fameuse IA nous résoud des conjectures encore indémontrées. Voilà que… Voilà que…

    L’IA est partout, l’IA nous parle, l’IA nous comprend. Jetons en l’air cette idée comme ca, avant de poursuivre : nous pouvons maintenant comprendre dans quelle tournure d’esprit devaient se trouver les hommes du XVIe siècle au jour où ils se sont trouvés capable d’élaborer des mécanismes d’horlogerie d’une complexité plus vue depuis Anticythère

    Incroyable nous disons nous. Formidable. Cette fois nous avons atteint un somet indepassable qui explique tout. Et comme au XVIe siècle l’horlogerie avait donné forme à une nouvelle culture, encore une fois c’est ce qui va se produire.

    Vous ne me croyez pas ? Et pourtant, souvenez vous : de cette facination pour l’horloge que n’est il pas sorti ?
    La concurrence entre les villes et les églises sur la mesure du temps ( les premières horloges monumantales sont conçues pour les évèques ). Cette conception, infusant dans toute la société, lui a donné sa forme XIXe, tout devant tourner comme une horloge ( cette expression même ! ) . Et à l’univers lui même , il devait donc y avoir un grand horloger, et puisqu’horloger il y avait, règles compréhensibles, mécaniques de l’univers. A l’harmonie des sphères a succédé la mécanique céleste.

    Alors, l’IA, même phénomène ?

    Déjà certains théorisent sur notre esprit qui fonctionnerait ‘comme un llm’. La voilà, la première étape d’influence de cette technique encore à approprier. Cette fascination puissante qu’elle exerce va entraîner l’esprit humain à graviter autour de ce concept pendant un bon bout de temps.

    C’est comme ca, voilà le monde dans lequel nous allons vivre désormais. Il n’a pas encore de nom, il n’a pas encore de forme, et nous avons déjà un pied dedans.

  • Ce qu’il y a sous le capot de ChatGPT


    Toute technologie suffisament avancée est indiscernable de la magie.
    Troisième loi de Clarke


    De la plus haute tradition chinoise, des ouvriers assemblaient dans des tubes en carton des petites poudres grises. Puis ils approchaient une flamme et l’insignifiante poudre grise se transformait en une pyrotechnie de couleur et de lumière.

    C’est assez semblable à ce qui se produit ici. La magie réside pour une bonne part dans l’exécution, et dans le fonctionnement même du langage. Ce qui se produit dans l’outil lui même, est un processus technique. ChatGPT n’est pas une intelligence, c’est un outil. Et c’est cet outil que nous allons nous attacher à décrire maintenant.

    C’est parti pour le feu d’artifice.

    Pour cette courte présentation, je vais m’appuyer en partie ( mais pas seulement ) sur l’excellent article du blog Ledatascientiste, que je vous engage à consulter également. Les informations intelligentes viendront de là, les erreurs seront de moi.

    D’abord, un agent conversationnel


    Du point de vue de la stricte classification technique, ChatGPT est un modèle de langage en architecture Transformers, développé à l’aide de PyTorch. Celà à garder en tête pour se rappeler qu’il n’y a rien de magique là dedans. Transformers est une implémentation de réseau de neurone donnant une importance particulière au mécanisme d’attention. Sur ce réseau est développé un agent conversationnel qui en restitue les résultats en langage naturel. Le modèle ayant été entraîné sur un énorme volume de conversations internet, il est très pertinent pour en restituer le ton et le contenu. Beaucoup moins pour la littérature classique, comme nous l’avons vu.



    Ce qu’il faut retenir ici, c’est que cet agent conversationnel n’est qu’une façade. C’est le Chat de ChatGPT.

    Du point de vue de l’utilisateur, c’est un coup de génie, qui a fait oublier les trois lettres suivantes GPT. Elles ne sont pas là pour permettre des jeux de mots un peu foireux. L’acronyme signifie ‘Generative Pretrained Transformers’, et n’ont rien de spécifique à OpenAI. Voilà pourquoi on trouve d’autres GPT sur le marché, certains adaptés à une utilisation en local ( gpt4all, par exemple. Ou tel autre modèle capable de tourner sur une vieille TI82 )

    Voyons maintenant la signification de nos trois lettres :

    G pour Generative
    C’est le plus évident. le but de ce GPT est de générer quelque chose. Pas de le transformer, pas de l’analyser, de le générer. Ici, du texte. Merci Captain Obvious ? Pas tant que celà, car c’est un rappel utile : lorsque vous lui demandez de réécrire quelque chose, il ne le retravaille pas, il génère un nouveau texte en réponse à votre texte d’entrée. D’où les résultats très étranges obtenus sur certaines demandes. Mais pourquoi fait il ca ? Nous allons le voir un peu plus bas, à la lettre T pour transformers.

    P pour Pretrained
    Celà signifie qu’avant qu’une nouvelle version ne soit mise à la disposition du grand public a lieu une phase préalable de renforcement du modèle. C’est à dire que les résultats vont être qualifiés par des humains, pour valider qu’ils correspondent bien à un résultat acceptable. Premier niveau de biais. Et encore ne parle t’on pas ici de l’IA de surveillance qui se surajoute quand vous demandez à l’IA de faire quelque chose qui ne correspond pas aux ‘standards’ de sa ‘communauté’ ( en clair : qui a été censuré par ce qui lui tient lieu de surmoi )

    T pour Transformers.

    Transformers est une architecture de réseau de neurones Transformers, présentée dans le papier Attention is all you need. C’est une manière d’organiser un réseau de neurones afin de produire une chaine de caractères en sortie en fonction d’une chaine de caractère en entrée.
    Sa particularité est qu’il réinjecte à chaque étape du traitement de sortie l’ensemble des informations de la chaine d’entrée, afin de lutter contre les double sens, et de maintenir la cohérence de la réponse.

    Mais comment procède t’il ? Pour chaque élément de la chaine d’entrée, il va estimer l’importance relative des mots, et inférer les mots qu’il va proposer en sortie. Cette fonction de complétion de chaine est accessible sur le Playground de ChatGPT3. Voilà le grand secret éventé : ChatGPT est une machine probabiliste à compléter les chaines de caractères.


    Par la suite, c’est ce que nous devrons garder en tête.

    Quelque soit la question que vous poserez, vous n’obtiendrez pas la ‘vraie’ réponse. Vous obtiendrez une chaine de caractères constituant une réponse déterminée mot probable après mot probable. Et comme ce module a été entraîné sur des contenus internet, il donnera la réponse la plus probable d’internet. Il n’est à proprement parler, qu’une foule murmurant à votre oreille.
    Dans mes premiers tests, j’avais parlé à propos de l’étrangeté de ses réponses d’une impression de discuter avec l’esprit du temps. Une fois le capot soulevé, et le chatGpt autopsié, c’et bien de celà dont il s’agit. Une modélisation de notre egrégore internet.

  • Humeur – L’hallucination et la rêverie – l’inatteignable sommet de l’art


    Ce concept absolument fascinant d’IA-llucination. C’est une question qui travaille le domaine de la recherche en IA depuis des années.
    Allez donc voir cet article de 2015 pour vous souvenir où en était le traitement d’images par réseaux de neurones en 2015 ( et on croirait que celà fait des décennies )

    Depuis les premières videos de google, qui montraient une IA « rêver », jusqu’à l’avênement des MLL branches GPT et autres Midjourney qui génèrent tout à coup des choses étranges, que nous appelons hallucinations.
    Comme si ce n’était pas en fait nous qui rêvions les yeux grands ouverts. Nous qui voulons voir autre chose que ce que produit l’IA. A aucun moment elle ne dit la Vérité. Elle ne fait que générer du contenu, et ce contenu nous plait plus ou moins. Et plus il nous plait, plus il en générera du semblable. Ou plus exactement, plus nous pouvons socialement dire qu’il nous plait, plus elle créera du semblable ( d’où son trope moralisateur et sa pseudo vraisemblance )

    Car il n’y a pas d’hallucination de l’IA, Il n’y a qu’une rêverie humaine qui veut voir dans l’IA quelque chose de son propre esprit. Et quand l’IA s’égare du chemin que nous rêvons pour elle, nous appelons hallucination ce qu’elle nous montre et qui nous déplait, comme s’il s’agissait d’une déviation à l’état normal, et non de son fonctionnement habituel.

    Les IA fonctionnant sur le texte ne font, à leur manière, que ce que font les IA d’images. Tout est parfait. Le diable dans les détails. Pourquoi sont elles incapables de dessiner des mains ?

  • Write/Rewrite – Un rewriter à domicile avec chatGPT

    Dans la communauté des prompteurs anglophones, un mot-commande revient régulièrement comme l’un des plus utilisés ( et nous explorerons l’influence de la langue d’utilisation dans un autre article) : Réécris ( rewrite )

    C’est en effet une commande particulièrement intéressante pour les possibilités qu’elle ouvre.
    Un auteur, avant tout, c’est un style. Directement reconnaissable. Unique, une voix, un ton qu’il fois parfois une vie à trouver et à parfaire. Tout celà, c’est votre travail. Modiano ou Céline ? Chateaubriand ou Proust ?

    Ou bien rien du tout ?

    Combien de pseudos écrivains, d’écrivains avortés dont la voix n’a pas trouvé sa voie ? A tout ceux là, chatGPT propose une voie rapide. Le plagiat, la recopie, l’œuvre de seconde main. Oublions un instant les considérations générales sur la moralité de tout celà. Nous ne sommes pas là, comme dans l’article précédent, dans le contexte d’une production ex nihilo. Nous allons demander à chatGP de réécrire des textes « à la manière de ». Le texte sera de vous, la manière d’un écrivain célèbre. Et alors, à qui l’art ?

    Anatole France


    C’est quand même très satisfaisant d’avoir en rewriter le nom de l’une ou l’autre des plumes dont vous admirez le style. Icii, Julien Gracq :

    Surtout pour s’apercevoir que c’est ce mélange là qui donne encore les meilleurs résultats ( après que Chateaubriand m’ait complétement bousillé le même paragraphe )


    C’est le principal problème, le même auteur utilisé fonctionnera très bien sur un paragraphe, beaucoup moins bien sur un autre. Comment donc envisager un livre de 500 pages si il faut veiller au grain paragraphe après paragraphe et chasser les coquilles stylistiques ?

    J’avais eu de très bon résultats avec Chateaubriand, et voilà qu’il se met à me faire du n’importe quoi. Ce Chateaubriand là n’est pas en grande forme. Il va falloir le modifier un peu.
    Voilà, et sous vs yeux étonnés : Chateaubriand amoureux, Chateaubriand déprimé, Chateaubriand sous LSD ( à vous de déterminer qui est qui )


    En fait, celà ne marche pas très bien. Celà éveille quelque chose dans chatGPT, dont on ne veut pas, son âme pédante et moralisatrice. Et plus on insiste, plus elle prend d’importance.

    Au jeu du show don’t tell, chatGPT est définitivement Tell.

    Il semble donc bien que ce soit le nom d’écrivain seul qui donne les meilleurs résultats, les plus proches du texte initial. Les adjectifs ou les mises en situation induisent une autre sorte de réponse , bien verbeuse.

    Mais comme tout dans chatGPT, ce n’est pas une règle générale. Si la demande porte sur quelque chose qui s’apparente à une histoire, l’outil prend tout de suite des libertés. Il détecte qu’il s’agit d’une courte histoire, et jajoute des morceaux partout, de son style inimitable.



    Pour emêcher celà, voici un prompt qui marche assez bien :

  • Le futur avec chatGPT – La malédiction de Pasteur

    On sait au final assez peu de choses de Pasteur. De sa vie réelle, de ce à quoi il s’est intéressé. Et de son lien avec ChatGPT.

    Contexte :
    Parmi ses travaux moins connus, il y a toutes les analyses sur les procédés de conservation du vin et de fabrication du vinaigre. Tout celà à la demande de Napoléon III, et dans une pure perspective industrielle. Il s’agit de permettre une meilleure conservation des vins français, pour qu’ils ne se gâtent pas pendant leur transport à l’international. Pour celà, il propose la pasteurisation. Une fois ce problème réglé, il se tourne vers la fabrication du vinaigre. Car si le vin ne se gâte pus, les vinaigriers vont faire faillite. Après analyse, il vient présenter à Orléans les résultats de ses travaux : il a découvert la souche de bactérie qui permet la fermentation alcoolique. Problème réglé, on va pouvoir tout industrialiser et devenir bien bien riches.

    Problème réglé ? Voire.

    Car ce qui aurait du faire la fortune des vinaigriers va provoquer leur ruine. Si il devient facile de faire du vin, on peut en faire n’importe où. On passe de l’artisanat à l’industrie. Et les vinaigriers d’Orléans, détenteurs d’une tradition remontant au delà de la patente royale de 1580 vont disparaître les uns après les autres.

    Pour le mieux de l’amateur de moutarde ?
    Même pas. Bien sûr le prix va baisser. Mais la qualité va se dégrader au delà du reconnaissable. Goûtez – si vous en avez l’occasion du vinaigre d’Orléans, ou la moutarde que l’on fait avec. Vous regarderez d’un autre oeil les petits sachets de plastique emplis de sauce jaune que l’on vous distribue d’habitude.

    Maintenant, le lien avec ChatGpt ?

    Les mêmes processus sont à l’œuvre. Même causes, même effets. Voilà un outil technique qui permet de faire du fric – du fric – du fric. Et qui risque fort d’exploser en vol les modèles économiques existants. Sauf que là on ne parle pas de condiments, mais de production d’idées.


    Pour un certain nombre de business bien établis, journalistes, copywriter, marketing, scénaristes, publicistes, le risque est très réel d’être tout simplement remplacés par quelque chose qui produira pour bien moins cher.

    Alors certes, la qualité va se dégrader. Mais – ai je envie de dire – who cares ?
    Vous avez quoi sur votre table ? Un petit pot de Amora ? Ben voilà. Tout le monde s’habituera, jusqu’à oublier qu’il y ait pu avoir autre chose.

    La voilà la malédiction de Pasteur.





  • Technique ChatGPT – Pour lui faire cracher de la poésie – le biais d’attribution

    ChatGPT est un poète velleitaire, et un cuistre du corpus classique. Il ne sait pas ? Il invente, et il vous pose avec applomb tout et son contraire. Il réattribue, il contrefait.

    Nous connaissons déjà sa capacité hors du commun à raconter n’importe quoi. Mais si nous la tournions à notre avantage ?

    Le chêne et le roseau de hugo, mais bien sur…

    Mais si nous lui demandons de préciser, de citer sur ce qu’on ne l’a pas forcé à régurgiter tel quel, voilà que tout à coup il se lâche :


    Mais ? Mais ce n’est pas ca du tout ! C’est de Baudelaire. Et Pauca mea n’est même pas un vrai poème. Qu’est ce qu’il nous fait encore ? Il a de nouveau mélangé ses fiches ? Et il ne s’arrête pas : on lui a demandé cinquante vers, il n’y est pas. Alors il continue sur sa lancée, et par miracle, ca devient bon.

    Alors, c’est un premier jet, et chatGPT manque de capacité à faire avancer sa pensée. Ca tourne un peu en rond, ca ce répète, il y a des redites. Mais il y a quand meme quelques bons vers là dedans, et quelques autres qu’on peut améliorer.

    Tandis que si on lui demande d’écrire un poème « à la maniere de « , ChatGPT fait du ChatGPT. Ca degouline de bons sentiments, et c’est très convenu.


    Alors voilà, et sans doute pour ma part, la première technique fonctionnelle pour que ChatGPT crache enfin qu’lque chose d’utilisable : le biais d’attribution. Non pas lui demander poliment d’écrire, mais le coincer dans un coin, et l’obliger à sortir ce qu’il n’a pas en magasin.
    Et bien sur, vérifier, et ligne à ligne, ce qu’il a créé et ce qu’il a pompé. A date, il refourgue facilement du Baudelaire pour du Hugo.




    Pourquoi faut-il, dans un siècle de gloire,
    Mes vers et moi, que nous mourions obscurs !…
    Que demander à qui n’eut point de maître ?
    Du malheur seul les leçons m’ont formé,
    Et ces épis que mon printemps voit naître
    Sont ceux d’un champ où ne fut rien semé.

    BÉRANGER
  • Le jugement dystopique

    Au milieu des années 2000 circulait sur internet une courte nouvelle de science fiction, qui imaginait un passage de frontière dstopique. Celà pour alerter sur la montée en puissance des forces de contrôle, et sur la collecte de données sans régulation.
    Pour résumer : l’agent des douanes demandait à l’impétrant pourquoi les recommandations que proposait google sur son compte ressemblait à celles proposées à un ‘terroriste’.
    Et toute la nouvelle tournait autour de l’impossibilité de se défendre devant une accusation qui n’était pas factuelle, imprécise.
    Il y avait quelque chose de néo kafkaïen dans cette nouvelle d’un homme opposé à un pouvoir fluide, contre lequel il n’a rien pour se défendre. « Vous auriez pu passer la porte à un moment, mais vous ne saviez pas quand, et maintenant il est trop tard. »

    Et bien, cette dystopie, nous y sommes. Et avec le recul, cet outil commercial des recommandations semble bien banal par rapport aux ordres assénés par l’IA.
    Nous y sommes à cette disparition de l’intelligence humaine, qui refuse même de réfléchir à la situation.

  • Pas de nouveauté, juste une accélération

    Mais à partir de quand un changement d’échelle devient il une propriété émergente ?

    Il ne devrait y avoir rien pour nous surprendre. Ce n’est pas d’aujourd’hui que nous traversons nos vies en somnambules,. mi automates mi hypnotisme, justifiant à nous même les ordres qu’on nous donne, et portant sur le front, comme un troisième œil, un cortex préfrontal à vocation principalement décorative.

    Ce n’est pas d’aujourd’hui que nous regardons les écrans dans un état de semi hébétude, heureux. Ce n’est pas d’aujourd’hui que nous lisons la presse – mieux mal informés que pas informés – pour y trouver non des informations mais des opinions et des jugements à reprendre à notre compte.
    En sommes nous mêmes conscients ? Vraiment conscients ?

    Capables de s’abstraire du flux qui nous emporte et nous donne forme pour poser un acte fondateur de singularité, aussi dérisoire soit il. Pain au chocolat ou chocolatine ? Sommes nous vraiment sortis de la matrice ? Matrice non d’enfantement mais d’usinage.
    L’important n’est pas ce que l’on a fait de nous, mais ce que nous faisons nous même de ce que l’on a fait de nous.

    Nouveauté donc, vraiment ? Voilà le nouvel outil qui permettra à notre cerveau feignant de croire qu’il trouvé une solution en consommant encore moins de sucre. Voici le nouveau piège qui externalisera encore d’autres fonctions. Après l’attention ( c’est à dire l’état de vigilance permettant d’identifier les faits signifiants du monde ), voici maintenant le tour de la volonté. Cette question que nous posons si peu pour nous même « et maintenant qu’est ce que je fais ? « , on nous proposera des réponses.

  • La grande contradiction

    Par rapport à la panique larvée qui s’empare graduellement du milieu des développeurs et du support client, je trouve que les écrivains réagissent avec une relative indifférence à cette énième révolution technique : la génération automatique de texte..

    Peut être, d’une part, parce qu’il s’agit d’un art qui s’exerce pour la plupart en dehors de leur activité économique. « Quelle horreur, nous allons tous être remplacés par une IA, nous n’allons plus gagner d’argent sur nos créations ?!? « .
    La plupart des écrivains ne gagnent de toutes façons rien, ou si peu que çà en est négligeable. L’IA , et ChatGPT en tête de file, est avant tout un moyen de réaliser cette martingale qui travaillait les maîtres de la finance depuis au mois une génération : mettre la main sur un outil permettant d’automatiser le travail intellectuel. Faire de la chaîne avec des œuvres de l’esprit. Et pour ceux qu’effraye la bransloire perenne du monde : ce n’est pas d’aujourd’hui que les anglos saxons tentent d’automatiser l’esprit humain. Et le Decision making powered by IA n’est qu’un nouvel avatar, plus rapide et interfaçable avec nos outils logiciels des algorithmes de décision que l’on établissait par audit dans les années 70 et par lesquels on tendait à remplacer les vieux ouvriers râleurs et surpayés par des ptits jeunes qui n’en veulent et qui sachent rien. On appelait ca des systèmes experts.

    Voilà qui est dit, et vogue le galère pour le monde du travail. Il va y avoir de la reconversion dans l’air, et disparition de jobs lucratifs à la pelle. Demain, c’est l’usine ! Pas que je m’en réjouisse, mais quand la locomotive approche, il ne sert à rien de se dire que c’est un cosplay de bisounours.




    Maintenant qu’aucune inquiétude sur l’avenir n’est levée, intéressons nous un peu au manque d’impact pour le petit monde des écrivains. Voilà sans doute le plus curieux. Des gens habitués à générer du text, qui ne se troublent pas plus que ca à l’arrivée d’un automate à générer du texte ? Il y aurait pourtant de quoi lancer une nouvelle génération de neoluddites. C’est que ce pauvre ChatGpt, en tous cas dans sa version 3 ( on verra la suite ), se débat dans une injonction contradictoire. On lui demande de générer du contenu original. On lui demande de répondre à des questions précises avec des faits vérifiés. Et par là dessus, on lui colle en guise de SurMoi logiciel, une autre IA qui veille à ce qu’aucun propos contraire à la morale progressiste ne soit tenu. Pas étonnant qu’il ait du mal à réaliser la quadrature du cercle. Pour le moment, la meilleure machine à lever les contradictions du réel par l’usage de l’art reste le cerveau humain.

  • Le Corbeau and le Renard Love

    Il y a quelque chose que je ne comprends pas dans le fonctionnement de chatGPT. C’est une machine à produire du texte selon un fonctionnement probabiliste, pas vrai ? Alors quelqu’un pourrait il m’expliquer l’étrange phénomène suivant :
    lorsqu’on lui demande de réciter un poème, il a un mal infini à s’exécuter. Il bafouille, il vasouille, il plante. Comme un élève au tableau qui a passé trop de temps la veille sur sa playstation.
    Et plus le texte est long, moins ca va.

    C’est bien une machine probabiliste à compléter le texte, non ? Et la probabilité pour la citation d’un écrivain d’être complétée correctement devrait être maximale, non ? La probabilité du mot juste devrait être 1, non ?
    Et bien en fait, ca dépend ( ca dépasse )

    Tout dépend du corpus sur lequel a été entraîné le moteur, et de la liberté qu’il prend avec ses suggestions.

    Petits exemples pour illustrer :

    Demandons lui de citer le corbeau et le renard.

    Un coup il n’y arrive pas.

    Un coup il s’arrête, et précise ‘extrait’. Comme un élève, ayant recraché tout ce qu’il contient et qui laisse tomber pour jouer la manière en maximisant son rapport enquiquinement / note finale ( en fait, c’est exactement ce que fait chatgpt : il génère sa réponse pour tenir un feedback correct. Il ne vise pas l’excellence, juste que son superviseur ne vienne pas lui taper sur les doigts en mode « qu’est ce que c’est que cette merde ». Pour les adeptes de Milgram, vous aussi pouvez lui donner un feedback négatif, c’est le pouce rouge ))
    Ou pire, de se faire arrêter par son surmoi moral.

    Et quand on vient le chercher sur des poèmes moins fréquents, on atteint au sublime :

    Le premier vers est tiré des contemplations. Le reste est du pur chatGPT. Avec un prix d’excellence pour le surréalisme du deuxième et du quatrième, qui ne veulent strictement rien dire du tout. Ce n’est plus de la licence poétique, c’est de la licence 4. Et, très étrangement, un joli troisième vers, dont je ne retrouve pas l’origine. Sans doute qu’il l’a composé lui même.

    Si on lui demande des tâches plus simples ( c’est à dire plus courte, il ne s’en tire pas vraiment mieux ) La premiere information est bonne, la seconde spectaculairement fausse. Le pire étant qu’on ne lui demandait rien, et qu’il s’est cru obligé d’en rajouter pour avoir l’air plus crédible. A ce niveau là, on dirait presque un défaut humain.



    En fait, cette métaphore de l’élève au tableau qui a trop joué à la playstation peut être poussée encore plus loin. Car c’est exactement de celà qu’il s’agit : chatGpt a été entraîné sur un gros tas de vrac d’internet, et il le relargue selon des probabilités approximatives. Pour lui, une phrase de Victor Hugo et un commentaire de blog ont la même valeur. Il ne connait de la littérature ( pour le moment ) que ce qu’il a pioché sur jeuxvideos.com.

    C’est exactement le problème, et nous reviendrons dessus dans un autre article.

    En attendant, et pour conclure, amusons nous avec ce qu’il sait bien faire : des histoires plan plan à la morale obligée. Voici Corbeau – Renard Love, une romance novel crossrace.