Doisneau, Paris

doisneau-place Pinel - 1975- p

A présent, on essaie de chasser l’ombre on aligne les chaussées, on n’a plus le droit d’installer une remise sans autorisation personnelle du ministre de la Culture.

Chez moi, mon grand-père avait bâti un petit immeuble. A côté, le patronage avait ses appentis, plus loin l’entrepreneur de peinture conservait du matériel sous des bâches. Chacun ajoutait son truc. C’était télescopique. Comme un jeu. La vie n’était pas ruineuse. Les gens modestes pouvaient vivre et travailler à Paris. On voyait des maçons en bleu, des peintres en blanc, des charpentiers en velours… Maintenant, regardez le faubourg Saint-Antoine : les artisans refluent devant les agences de pub et les galeries de design. Le terrain est si cher que seules d’énormes entreprises peuvent construire et, pour rentabiliser, elles bâtissent « énorme ». Des cubes, des carrés, des rectangles. Tout tombe droit. Le désordre est banni. Un peu de bordel, c’est bien, pourtant ! C’est là que se niche la poésie. On n’avait pas besoin que les promoteurs nous offrent dans leur magnanimité, des espaces ludiques. On les inventait. Aujourd’hui, plus question de bricoler, la commission d’urbanisme débarque. Toute spontanéité est bannie. La vie fait peur.

Robert Doisneau

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