Jean Claude Pinson – La poétique du roman bariolé

Le flûtiste bariolé d'Hamelin

 

Voilà ce qu’est pour Jean Claude Pinson un roman bariolé. C’est à dire un roman bigarré, moucheté  ; mosaïque, en habit d’Arlequin. Un roman qui va contenir toutes formes de styles de narration. Le texte complet de son intervention à l’université de Rennes.

 

Friedrich Schlegel: «L’idée d’un roman romantique, telle qu’elle a été établie par Boccace et Cervantès, est celle d’un livre romantique, d’une composition romantique, où toutes les formes et tous les genres sont mélangés et entrelacés. Dans le roman, la masse principale est constituée par de la prose, plus diverse que celle d’aucun genre établi par les Anciens. Il y a ici des parties historiques, rhétoriques, dialogiques, tous les styles alternent, ils sont entrelacés et reliés de la façon la plus ingénieuse et la plus artificielle. Des poèmes en tous genres,lyriques, épiques, didactiques, des romances, sont éparpillés à travers l’ensemble et l’ornent dans une profusion, une diversité exubérante et variée, de la manière la plus riche et la plus brillante.»

—Barthes et le roman «a-figuratif» (Denis Roche,Louve basse, 1976). Son problème: comment passer de la notation (haïku) au tissage romanesque? Comment passer de la forme brève, rhapsodique, de l’Album, à la fiction et au Livre (architecturé)? Comment faire prendre la poussière de notations, d’épiphanies? -> en les insérant dans le tissu d’une fable, en inventant le faux d’une intrigue où pourront étinceler les moments de vérité qu’elles constituent (=solution proustienne) : «Le roman commencerait non au faux[inventé], mais quand on mêle sans prévenir le vrai et lefaux: le vrai criant, absolu, et le faux colorié, brillant, venu de l’ordre du Désir et de l’Imaginaire» (La Préparation du roman). Au fond, le dernier Barthes retrouve, sous la forme nouvelle (mais en réalité romantique) d’une synthèse disjonctive, les termes de la poétique aristotélicienne: ils’agit d’agencer des notations éparses, synonyme de mimésis, dans l’architecture d’ensemble de la fable, de l’histoire,synonyme de muthos(pour Aristote, mimésis et muthos ne sont d’ailleurs que les deux faces d’une même médaille ).

Et un autre petit extrait :

J’ai tendance à concevoir chacun de mes livres comme une sorte de manuel de vie où je fais entrer tout ce qui vient tomber dans le champ de mon existence pendant une période donnée. Je dis «manuel», parce qu’il ne s’agit pas tant de rapporter des événements biographiques que de mettre en place des séquences verbales capables de«quadriller» le campement provisoire de l’existence

 

 

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