Comment lire plus vite ( et moins bien )

 

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On connaissait les logiciels pour s’entraîner à  écrire plus vite, voici qu’une entreprise a développé un autre outil pour apprendre à … lire plus vite.

Promettant même de révolutionner les livres. On les lirait plus, on les jouerait. On les regarderait défiler mot à mot devant soi à un rythme sans cesse accéléré.

D’un côté, ce n’est qu’un enieme avatar dans la serie des méthodes bizarres promettant à ceux qui les achètent, gloire, fortune, reussite professionnelle et intelligence superieure. Lisez plus vite, apprenez en dormant…
Il y avait déjà de semblbles promesses dans les années 20, elles ont ensuite été déclinées sur microsillons, bandes magnetiques, cassettes audio. Puis il y a eu les livres-CD, et voilà que maintenant l’ordinateur est atteint.

Pas de quoi fouetter un chat, donc ; et il faut bien que tout le monde vive (même si Kant aurait sans doute quelque à dire sur ceux qui prospèrent sur les espoirs déçus )

Toute l’astuce tient à une particularité physique de l’oeil : la limite du nombre de mots vient des micro mouvements que doit faire notre œil pour se repositionner sur la page. Si le regard reste fixé sur un même point (même focale, même luminosité ) , on élimine les micromouvements, et on peut donc lire plus vite. Sur ce point, rien à dire, ca fonctionne.

C’est la modernité, il faut donc tester

Je suis plutôt un lecteur rapide. Je suis allé voir sur le site.

Et allez, direct à 600 mots par minutes.

A ce rythme, on observe un phénomène étrange. Comme si le cerveau passait en automatique. On est à la limite des images subliminales. On voit passer es mots, on comprend leur sens, mais les fonctions d’analyse et de raisonnement semblent lâcher prise.

Bien qu’on ait conscience d’avoir vu passer les mots, de les avoir enregistrés quelque part, leur sens reste inaccessible sans un petit effort mental.

Il faut s’arrêter une seconde, retourner mentalement en arrière pour se repasser mentalement la phrase complète afin que le sens apparaisse.

Très étrange. Vraiment étrange.

Voir les mots defiler de plus en plus vite, jusqu’au point où ils perdent toute cohérence. Ils ne sont plus qu’un clignotement dont le sens, pourtant, semble se stocker à vitesse accélérée quelque part dans le cerveau. C’est une impression vraiment très étrange, de sentir les mots arriver ainsi à la lisière de sa conscience, avec une petite voix qui l’accompagne. Et cette petite voix dit « Je peux y arriver, je peux y arriver ! »

Mais elle dit aussi : « Ce n’est pas de la lecture, ca ! »

D’abord, on ne lit pas les mots, ils vous parviennent. Ce n’est plus nous qui contrôlons le rythme d’accès à l’information, c’est à notre cerveau de s’y adapter. Une seconde d’inattention, un battement de cil mal positionné, et voilà un mot de perdu.

Effectivement, l’outil est intéressant pour ingérer des masses de verbiage sans intérêt. Mais pour ce qui est de la lecture profonde, c’est une autre paire de manches. En fait, lire dans ces conditions laisse une impression totalement mécanique. Comme si on se transformait en machine à réagir à l’instinct. Sans réflexion, sans prise de recul. Comme on réagit face à un mail professionel auquel il faut répondre immédiatement. En cinq secondes, quelle réaction peut on avoir, sinon la plus instinctive, celle à laquelle on a été entraîné ? La moins humaine.

Plus vite, plus vite !

Et pour la prochaine étape consistant à accélérer encore l’accès à l’information, une petite étude :

La quantité d’informations par unite de temps entre differentes langues est fixe, quelque soit le nombre de phonèmes que cette langue emploie.

Vivement les langues professionnelles à onomatopées. Ou comment vouloir que ce qui fait de nous des huains soit systématiquement vu comme une ‘limitation’.

 

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un commentaire

  1. En ce moment je me suis lancée le défi de lire 52 livres en un an, donc beaucoup d’essais. Ce qui même pour moi qui ait l’habitude de lire, est beaucoup. Pour tenir le rythme j’ai donc bel et bien dû accélérer ma vitesse de lecture. J’ai aussi constaté cet état étrange donc tu parles. Quand je lis je surligne les grandes idées qui me paraissent pertinentes et c’est finalement quand je reviens dessus pour rédiger mon article que je vois apparaître toute la structure et que par magie je réalise que j’ai effectivement intégré ce que j’avais lu. Mais il faut donc bien « revenir dessus », pour activer tous ces messages subliminaux et les ramener dans le conscient.
    Voici l’article du défi : http://www.bizzetmiel.com/mon-defi-fou-lire-et-chroniquer-52-livres-recommandes-par-ted-talks-en-52-semaines

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