Transformez vos Smeerp en lapins – le lexique de Bruce Sterling

J’imagine que tout le monde connaît déjà l’article Comment ne pas écrire des histoires. Pour un auteur francophone, c’est une lecture indispensable.

Et bien, pour un auteur anglophone, le Workshop lexicon de Bruce Sterling est tout aussi indispensable. C’est un peu le même principe : l’auteur recense les pires clichés qu’il a pu rencontrer au cours des ateliers d’écriture qu’il a animé. Et il appelle à la rescousse tous les auteurs de l’âge d’or. Blish, Campbell, Knight… y vont de leur perle préférée. Certain lui donnent même leur nom. C’est ainsi à Disch que l’on doit le Dischisme*.

C’est aussi de cet article qu’est tiré le conseil « N’appelez pas smeerps vos lapins ». Sans doute le conseil le plus judicieux que l’on puisse trouver.

« Ce n’est pas un lapin, c’est un Smeerp« . Une technique pour créer de l’exotisme à bon marché. Il s’agit de renommer un élément courant du monde réel pour l’installer dans un monde fantastique, mais sans rien changer à sa nature ou à son comportement. Les Smeerps sont particulèrement fréquents dans les mondes de fantasy, ou on chevauche fréquemment des montures exotiques qui ressemblent en tous points à des chevaux. (Attribué à James Blish)

Il y aurait matière à tracer son propre portrait chinois, en choisissant l’erreur que l’on a toujours su éviter :

L’interiorisation truquée. Une technique facile pour s’économiser du travail. L’auteur, trop paresseux pour décrire la situation, met un bandeau à son narrateur, ou lui fait subir une attaque d’agoraphobie, ou lui donne l’envie urgente de s’enfermer dans le fumoir pour jouer au whist.

Celle   à laquelle on regrette encore d’avoir cédé :

Le syndrôme de la chambre blanche. Un signe évident, et fréquent, de manque d’imagination chez l’auteur. Présent le plus souvent au début du livre, avant même que le cadre, la scène ou les personnages ne soient apparus. « Elle se réveilla dans une chambre aux murs blancs. » La chambre blanche est un cadre neutre dont les détails restent à inventer. Le personnage ‘s’éveille’ comme pour commencer un nouveau train de pensée — à nouveau, exactement comme l’auteur lui même. L’ouverture dans la chambre blanche est généralement suivie de considérations mesurées sur les évènements, et de descriptions inutiles. Toutes choses qui peuvent être coupées sans douleur.

Et celle contre laquelle on lutte désespérément, car elle vous colle  la semelle comme un vieux chewing-gum :

L’intrigue à Et. Intrigue picaresque où il se produit un évènement. Puis un autre, et un autre encore. et tout se succède… sans raison particulière.

Le reste du texte (en anglais) est ici : The Workshop Lexicon.

Dischisme. L’apparition malencontreuse dans le cours de l’histoire des préoccupations de l’auteur, ou de son cadre de vie. Les auteurs qui fument ou qui boivent en écrivant auront tendance à noyer leurs personnages dans la picole, ou à les étouffer de mégots. A un stade moins grave de l’affection, le personnage se plaindra de ses incertitudes et de ses doutes… alors qu’il s’agit des sentiments de l’auteur et qu’ils n’ont aucun rapport avec l’histoire. Le dischisme a été nommé d’après le premier praticien a avoir diagnostiqué le syndrome.

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