Lecture et Neurologie (littérature cathartique, littérature de récompense)

Les neurosciences sont décidément un domaine d’avenir. Voilà que grâce à quelques électrodes judicieusement placées, on peut apprendre ce que ressent le lecteur lorsqu’il se plonge dans un livre.
D’après les travaux de la psychologue Nicole Speer (Université  de Saint Louis), les zones activées lors de la lecture d’une action sont les mêmes qu’utiliseraient le lecteur pour réaliser la même action.

En clair, le lecteur se projette physiquement dans le héros. Ses mouvements sont inhibés bien sur, mais pour ce qui est de son cerveau, il se comporte en tous points comme s’il accompagnait le héros dans ses aventures. Il reconstruit les les textes qu’il lit en fonction de sa propre expérience. Voilà qui ouvre des perspectives vertigineuses…

Tout à coup je comprends mieux le succès jamais démenti de ces romans à deux sous peuplés de héros invincibles.

Deux amorces de réflexion :

– Celà expliquerait (au moins en partie), le plaisir que l’on prend au roman de terreur. S’immerger dans un texte horrifique, générateur d’angoisses, c’est également se plonger dans un univers où toutes nos peurs et nos misères quotidiennes sont relativisées.
Après tout, ce n’est pas si grave d’être au chômage. Au moins, on n’est pas poursuivi par des zombis. De plus, cette angoisse de substitution, on peut la maîtriser (ne serait ce qu’en fermant le livre), et d’autres études ont déjà montré que le simple fait de pouvoir contrôler une douleur la rend plus supportable.

– Surtout, celà donne un indice de ce que le lecteur attend de la lecture : on ne peut pas lui proposer d’anti héros absolu. Il faut que ce héros permette l’identification, puisqu’il s’agit de l’axe principal de la lecture. De même, il faut veiller à l’axe de transformation du personnage, puisque c’est également l’arc que va suivre, intimement, le lecteur.
Ce serait même intéressant d’apporter, par la lecture, quelque chose que le lecteur ne peut obtenir dans la vraie vie.

On peut tout faire avec un personnage. Le torturer, lui filer des coups de pied alors qu’il est déjà à terre.
Mais il est hors de question de faire d’aussi mauvaises manières à votre lecteur.

Pour ceux qui voudraient approfondir le sujet (et qui lisent l’anglais), quelques liens :

Segmentation in the perception and memory of events
Neuroimaging studies of mental rotation: A meta-analysis and review
Event perception: A mind/brain perspective

Attention toutefois : il s’agit de travaux de recherche, et leur contenu est aussi difficile que leurs titres le font craindre. Pour un texte de vulgarisation, il vaudrait mieux aller par là.

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5 Commentaires

  1. http://www.sciencedaily.com/releases/2011/05/110509161755.htm
    Un article de « daily science » sur le même sujet, avec une nuance importante.
    Il y aurait activation des fameux ‘neurones miroirs’, mais plutôt que de s’identifier aux personnages, le lecteur s’identifierait à un habitant du même monde les regardant agir.

    Je ne sais pas pourquoi, mais je préfère cette théorie là.

  2. Et encore un lien
    le son des phonemes oscille dans le cerveau
    http://www.techno-science.net/?onglet=news&news=14047

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