L’ambiance des bois éternels

Les bois eternels

La dame blanche devant les bois éternels

Dans les bois éternels – Le dernier Fred Vargas.

Les spécialistes diront qu’il s’agit d’un livre du cycle Adamsberg. Que ce n’est pas le premier, et certainement pas le dernier… Ca se voit.

Le livre grouille de références aux autres épisodes de la série. Celà donne d’ailleurs un effet bizarre pour le lecteur qui prend l’aventure en chemin. Le Grand Méchant est récupéré d’un autre tome de la série, et les relations entre les personnages sont déterminées par ce qu’ils ont vécu ensemble auparavant. On assiste même à de vieilles retrouvailles. Au final, c’est toute une galerie de personnage qui tombe sur le lecteur innocent, avec ses habitudes, ses pratiques, ses manies.

Un peu ce que doit ressentir Louis Veyrenc, le nouvel intégré à la brigade. (« Mais qui sont tous ces gens  ? Et pourquoi ont ils un comportement aussi bizarre ? »)

A mon avis, l’effet est un peu gâché par la citation en note de bas de page du titre où le lecteur peut voir la scène en live.

Un peu comme si on prenait le nouvel arrivé à part. « Ah bon, tu ne sais pas qu’Adamsberg s’est battu avec son adjoint lors d’une enquête au Québec ? Attends, si ca t’intéresse, je peux te montrer les photos …  »

Des dialogues ciselés, et bizarres…

Deuxième élément, Fred Vargas multiplie les phrases à sous entendus, double sens et dialogues de sourds. Les personnages donnent l’impression de monologuer dans le vide. Lorsqu’un dialogue s’établit enfin, c’est après une phase d’approche, comme des tractations entre deux visions solipsistes du monde.

– En tous cas, c’est plus confortable que ces foutus tabourets. Je ne sais pas qui les a fabriqués mais ils sont trop hauts. On ne peut même pas atteindre les cale-pieds. On est posé là dessus comme des cigognes sur des clochers.
– C’est suédois.
– Et bien les suédois sont trop grands pour nous. Croyez vous que celà y change quelque chose ?
– Quoi ?
– La taille. Croyez-vous que la taille change quelque chose à la réflexion, quand la tête est séparée des pieds par 1,90 mètre ? Quand le sang a tout ce chemin à faire pour monter et redescendre ? Croyez-vous qu’on pense alors plus purement sans que les pieds s’en mêlent ?

Une galerie de portraits biscornus

Autre élément : le roman est une collection de personnages déglingués. L’un porte deux montres, l’autre parle en alexandrins, le dernier cire le dessous de ses chaussures…

Il n’y a pas vraiment de bizarreries dans l’univers physique de Fred vargas. Pas de descriptions épouvantables ou de lieux inhabituels. A peine une petite exhumation nocturne pour tenir le quota du roman noir. C’est à l’intérieur que ses personnages sont tordus, déformés. A la fois fragiles et complètement inébranlables.

Ces légistes l’avaient toujours stupéfié, presque toujours sereins, tapotant les épaules des morts avec décontraction, parfois puérils et joviaux alors qu’ils fréquentaient une abomination permanente. Mais en vérité, analysait Danglard, c’étaient là des praticiens soulagés de n’avoir pas affaire à l’angoisse des vivants.On pouvait trouver bien de la tranquillité dans cette branche de la médecine morte.

Un mélange très curieux. A la fois brillant, et qui met subtilement mal à l’aise. Quelque chose qui fait irrésistiblement penser à du Brussolo. Un Brussolo qui ne se serait intéressé qu’à la psychologie.

L’image d’illustration est une oeuvre de ComputerHotline, publiée sur Flickr sous licence Creative Commons.

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