Terry Pratchett – L’ouverture en noir

kirby - carpe-jugulum

Terry Pratchett est un grand écrivain.

Il faut plus que du talent pour camper en une phrase une action de dessin animé, et l’animer dans l’esprit du lecteur. Voici par exemple le portrait de Hodgesouille, le fauconnier royal :

Elle croisait parfois Hodgesouille à l’orée des bois ou sur la lande. Le fauconnier royal se débattait le plus souvent en vain contre ses faucons qui l’agressaient pour passer le temps, en particulier contre Roi Henri qui, convaincu d’avoir affaire à une tortue géante, s’évertuait à le soulever pour le laisser retomber.

Un autre extrait, en pleine action :

Vérence passa les portes dans un grondement de tonnerre. Shawn ne le reconnut qu’aux broderies de sa chemise de nuit et à ses pantoufles en peluche. Il brandissait à deux mains une longue épée au-dessus de sa tête et fonçait vers la porte du donjon en traînant un hurlement dans son sillage.

C’est bon ? Vérence est passé ? Continuons.

Tous ceux qui ont lu l’un de ses romans auront sans doute remarqué que Terry Pratchett est un grand spécialiste des scènes d’exposition en forme de cliffhanger.

Ils se mirent en rangs, contemplèrent le nouveau pays puis, brandissant leurs armes, poussèrent un cri de guerre. Le cri aurait fait plus grosse impression s’ils en avaient fixé un au préalable, mais, tel quel, on avait le sentiment que chacun des petits guerriers avait le sien propre et n’hésiterait pas à combattre quiconque tenterait de le lui enlever. (Carpe Jugulum, 2e page)

Cela donne dès le début de la tension au roman, et , si l’action se ralentit par la suite, laisse l’impression d’un danger, d’une intrigue sous-jacente prête à ressurgir. Cela pose également l’ambiance, donne le ton du roman à venir.

Dans Carpe Jugulum, Terry Pratchett double cet effet d’une métaphore appuyée sur la couleur. Tout est noir, noir, noir.
Noires les robes des sorcières et les costumes des vampires. Noire la tenue des prêtres du Grand Dieu Omn. Noirs, les plumets qui ornent le carrosse. Noires (et jaunes), les rayures des poteaux.

Dans le même temps, tournent autour de la scène des oiseaux de toute nature. Chouettes, busards, faucons qui accompagnent les descriptions, semblant suivre les actions des personnages.

Et alors que la description du royaume de Lancre est plutôt bucolique, tout ce noir, tous ces oiseaux forment une toile de fond inquiétante, un cadre champêtre que l’on sent tout prêt de déraper. Méchamment.

Ai-je oublié de préciser ? Terry Pratchett est un auteur comique. Mais pas niais.

Nounou Ogg referma la porte. Au fond de son jardin, dans les arbres dépouillés, comme des pattes de mouche sur fond de ciel, un volatile agita ses ailes dans un bruissement et jacassa tandis qu’un voile noir s’étendait sur le monde.

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