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En route vers le Goncourt !

Une BD en prépublication sur le site du monde : En route pour le Goncourt.
C’est l’histoire insignifiante d’un écrivain qui se débat avec la première phrase de son roman. Et ces quelques malheureux mots sont le prétexte à un vraie observation du fonctionnement de l’écrivain.

Tout y passe : les affres de la page blanche, les ateliers d’écriture, l’espoir de créer un chef d’oeuvre. Tout celà rendu presque pathétique par le contraste avec la brièveté de l’oeuvre (“Bernard ouvre la porte”)

J’aime imaginer toute l’histoire d’abord, je ne vais jamais au hasard. C’est une habitude que j’ai prise en écrivant des romans policiers d’énigme […] qui imposent une grande rigueur de construction. Je trouve que c’est un grand plaisir de chercher des idées, de les amasser comme un écureuil. De cette manière, quand on se met à écrire, on n’a jamais peur de la page blanche. Ne reste plus que le bonheur de construire le monde fabuleux qu’on a dans la tête avec toutes les pierres qu’on a déjà engrangées.

 Serge Brussolo

Pearltrees - Ressources pour écrivains

On n’a pas tous les jours la chance d’apercevoir l’avenir. Et même s’il ne s’agit que de l’un des avenirs possibles, c’est une occasion qui ne se refuse pas.

Pearltrees est (peut être) l’avenir du Net.

En termes techniques, c’est un site qui combine crowdsourcing et social networking. Quelque chose entre google et facebook, une nouvelle version de del.icio.us à l’interface conçue pour les écrans tactiles.

Ce n’est pas clair ?

En bon français, Pearltrees permet d’organiser ses marque pages, de les regrouper par catégories et – surtout – de les partager avec les autres utilisateurs du site.

Et c’est là que l’outil devient génial. Contrairement à un moteur de recherche classique, il fournit des groupes de sites déjà triés et classés par les autres utilisateurs. En un clic, on peut récupérer les liens qu’un inconnu aura patiemment collationnés, et les intégrer à ses propres marque-pages. Ces groupes de liens sont appelés Pearltrees.

Mais quel intérêt ?

Supposons que vous ayez développé une passion pour un loisir marginal. Au hasard : l’écriture. Et bien, il se trouvera certainement un groupe de farfelus pour avoir utilisé la principale force de Pearltrees : la création d’équipe.

Tous ensemble, ouais !

Une équipe partage un même groupe de liens, chacun pouvant à sa guises rajouter ou modifier des liens. Avec une bonne équipe, il y aura vite plusieurs dizaines de marque pages, autant de fenêtres ouvertes vers les différents aspects de votre passion commune.

Je le sais d’autant mieux que je participe à l’équipe Ressources pour écrivains.  Si j’ai ajouté certains liens concernant les descriptions ou les appels à textes, il ne me serait jamais venu à l’idée de créer un pearltree dédié aux dictionnaires. Un autre utilisateur s’en est chargé. C’est la diversité des équipes qui fait la force de Pearltree.

Et (sans vouloir nous vanter), Ressources pour écrivains a fait un travail plutôt impressionnant.

Mais si cette vision d’un guide d’écriture idéal ne vous convient pas, il y a d’autres Pearltrees sur le même sujet advice on writing, ou tous ceux là

Et bien sûr, la possibilité de créer le vôtre.

La chronologie du Temps Perdu

Dans la famille “Ecrivain”, je voudrais… le planificateur fou.

Celui qui ne peut pas écrire une ligne sans avoir, au préalable, prévu les moindres détails de son intrigue. Celui qui va faire des fiches sur chaque personnage avant de commencer à croiser les lignes de narration à la manière d’une dentellière du Puy. C’est beaucoup de travail. Mais c’est le seul moyen de ne pas s’emmêler les stylos lorsqu’on s’attaque à des œuvres à la structure complexe (La maison du sommeil ou Days),  et que vos personnages commencent à courir dans tous les sens ou à disparaître en cours de route (qui a dit ‘Le seigneur des anneaux’ ?)

Dans ce cas, le meilleur moyen de suivre la cohérence du roman, c’est de lier toutes les chronologies dans un même outil.
TimeGlider, par exemple.

Cet outil en ligne propose les options essentielles :

  •   Différents niveaux d’importance (pour faire apparaître les évènements en fonction du niveau de zoom)
  •   Ajout de toute une variété d‘icônes pour suivre l’action (les morts en rouge, les voyages en vert)
  •   Possibilité d’importer des chronologies depuis Wikipedia.

Des petits défauts quand même. Par exemple, il n’est pas évident de supprimer totalement une chronologie.
On ne peut pas non plus retravailler une chronologie importée.

Et surtout : il n’y a aucun moyen d’associer chaque évènement à un personnage particulier pour n’afficher que la chronologie de ce personnage. Mais c’est un outil récent : les développeurs ajouteront sans doute bientôt la fonction.
Pour le moment, le seul moyen de créer les lignes de narration est de jouer avec la position verticale des évènements.

En tous cas, si Marcel Proust avait pu passer sa Recherche au filtre d’un tel outil, il n’aurait sans doute pas commis toutes les erreurs de chronologie qui donnent à son œuvre maîtresse un arrière-goût de fantastique ( Erreur n°10 :  Nous retrouvons Mme de Villeparisis, déjà citée morte, dînant avec monsieur de Norpois à Venise )…

En réponse à la question : “Pourquoi écrire ?”

Well, son, I can’t drink all the time, I can’t eat all the time, and I can’t fuck all the time. What else is there to do ?

W. Faulkner

Il y a vraiment des auteurs qui passent à côté de la célébrité. Raymond de Rienzi, par exemple. En 1932, il publie un roman dont tous les protagonistes sont des fourmis. Il rate le prix Goncourt à l’issue d’une courte polémique et… il sombre dans l’oubli.
Pas sûr qu’obtenir le Goncourt aurait changé son destin, mais ca aurait eu du style. Les Formiciens est un pur produit de littérature imaginaire. Il faut se représenter les Fourmis de Werber au Goncourt 1991, à la place de Pierre Combescot et ses Filles du calvaire .

Mais qui sont les formiciens ?

Les formiciens sont le plus haut degré de civilisation des fourmis.Ils forment une civilisation ayant atteint son apogée à la toute fin du Jurassique, alors que les mammifères n’étaient encore que des boules de fourrures tremblantes dans l’ombre de leurs terriers. Il y a autant de différence entre un formicien et une fourmi actuelle qu’entre un humain et un chimpanzé. Et c’est ce décalage temporel qui donne toute sa saveur au livre, permettant à l’auteur de prêter à ses narrateurs une intelligence évoluée.

Les formiciens, avant Werber

La comparaison avec les Fourmis est d’ailleurs intéressante. Car là où Werber renonce à justifier l’intelligence de ses héros insectes, Raymond de Rienzi l’intègre à son histoire. La quête des formiciens est de préserver leur intelligence et les moteurs de leur civilisation. Leur combat est d’éviter un destin de fourmis.

Ce n’est pas spoiler grand chose que de dire que la conclusion est sans surprise : à la fin, ils coulent.

Alors c’en serait fait de la race souveraine. Ce qui avait été inspiration, génie, lumière divine sous les fronts chitineux, ne serait plus qu’instinct. Tout sombrerait : curiosité, progrès, intelligence, amour. Comme les corps sans sexe, les âmes sans désirs demeureraient stériles. Ce serait pour toujours la stagnation grise, morne, opaque, la répétition sns fin et sans espoir des gestes des ancêtres.

En vain les millénaires se succéderaient . Les formiciens immobiles verraient peut être naître et mourir d’autres essais de la Nature. D’autres êtres sociaux passeraient, pleins d’orgueil, eux aussi, et se croiraient éternels. Les formiciens survivraient à tous, persévéreraient à travers les cataclysmes, dureraient autant que la Terre, parce que, même déchue, leur race est indestructible.

Contemporains des premiers déluges, ils seraient également les témoins des derniers jours. Ils assisteraient à la longue agonie de la lumière. Et quand, un soir sinistre, vivants ultimes parmi les vivants de la planète, transis, se pressant sur les dômes croulants de leurs cités, ils verraient le Soleil contracté s’éteindre au fond du cjel comme une églantine fanée, alors, au crépuscule du monde, il se trouverait qu’ils n’auraient pas encore changé. et leur civilisation serait demeurée identiquement la même qu’aux temps mésozoïques.

Hind ne faisait qu’entrevoir cet avenir plein de menace. Mais, sous la nuit magnétique et l’ouragan qui torturait la forêt, méditant dans sa casemate aux murs rudes, il constatait que les formiciens en étaient arrivés à un embranchement capital de leur histoire. Et il se demandait, lui, le grand Nomade, vainqueur aujourd’hui de la cité des Neutres, s’il n’allait pas être le héros qui sauverait l’espèce des irrémédiables déchéances…

Mais la grande différence est que, là où Werber livre un thriller technoïde, de Rienzi trace une fresque épique. D’un côté, un polar  où les Fourmis sont des créatures sans défense dans un monde dominé par l’homme. De l’autre une fresque où passe le vent de l’histoire.

A la fin du jurassique, les dinosaures sont à terre ; les mammifères pas encore levés : les Formiciens sont les maîtres de ce monde et nul ne peut leur résister lorsqu’ils déploient leur plus grande force : le Nombre.

Le souffle épique, à hauteur de fourmilière

Ham, lui, était hanté par l’âme collective. Il ne pouvait éviter d’associer tous ses frères à son exploit. Il répéta, avec une sorte d’ivresse :
- Les Halfs sont le premier peuple de la Terre !
Le Nomade ne répondit pas. Il regarda les cimes innombrables, les bouquets des palmiers, les crosses des fougères arborescentes, les cônes sombres des sapins, qui se mêlaient de toutes parts jusqu’aux horizons, et murmura seulement :
- La Terre est grande …

Il y a des livres bâtis sur un postulat original et qui s’épuisent à mesure que les pages se tournent. Rien de tel ici : plus l’histoire avance, mieux Raymond de Rienzi maîtrise son sujet. Au fil des chapitres, la psychologie très particulière de ses formiciens devient un enjeu de l’histoire. Dans le même mouvement, les dangers qu’affronte le peuple de Hind seront de plus en plus formidables. Comme Conan, il affrontera tous les périls qui se dresseront sur son chemin.

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Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal
Fatigués de porter leurs misères hautaines
De Palos de Moguer, routiers et capitaines
Partaient, ivres d’un rêve héroïque et brutal…

La métaphore, figure de base de l’écrivain. La seule qui subsiste quand on a oublié tout le reste, antanaclases et autres polysyndètes.
La métaphore, donc, a fait l’objet d’un article d’Internet Actu, repris un peu partout cette semaine.

La thèse tient en une phrase : les métaphores, loin d’être une simple illustration, donnent forme à la pensée. L’esprit, par analogie, va limiter les caractéristiques réelles d’un élément à celles qu’il associe à la métaphore. Comparer le cerveau à un ordinateur, c’est déjà le séparer en fonction de mémorisation, de compréhension et ne plus voir les yeux que comme un périphérique externe de capture.

La métaphore, outil à double tranchant. D’un côté, elle ancre des images dans l’esprit du lecteur. De l’autre, elle bride votre propre capacité d’imagination.
A manier en toute connaissance de cause, même si la pire des métaphores vaudra toujours mieux que de longues explications.

Pour le plaisir, quelques exemples :

La littérature : un coup de hache dans la mer gelée qui est en nous. (Kafka)

Soir de Paris ivre du gin
Flambant de l’électricité  (Apollinaire)

Non, vraiment, il n’y a pas moyen de se tromper avec les métaphores.

Duplumier, à travers ma personne, c’est notre politique agricole tout entière qui sert de cible aux brebis galeuses qui rampent secrètement parmi nous en brandissant l’étendard de l’anarchie…

Enfin presque …

Puis-je vous poser une question ? Quel effet celà vous fait-il quand la prose que vous êtes en train de lire passe soudain à l’interrogation, à une question qui vous est directement posée ? Est-ce que celà vous agace ? Vous sentez-vous menacé ? importuné, mis sur la sellette, un peu comme si quelqu’un pointait une arme sur vous ? Celà interrompt-il la transe narrative, de façon déstabilisante et rebutante, comme ces pièces de théâtre dans lesquelles un personnage s’adresse directement aux spectateurs ?

Y voyez-vous une de ces tentatives agaçantes de faire participer le public ? Ou bien avez-vous la réaction inverse ? Celà vous fait-il plaisir que l’auteur, qui donnait jusque là dans le monologue égocentrique, réalise tout à coup qu’il n’y a pas que lui au monde et manifeste un certain intérêt à votre égard ? Autrement dit, êtes-vous content qu’on vous pose une question ?

Troy Joollimore – critique dans ‘The Observer’ de The Interrogative Mood (Padgett Powell)


Voilà une installation de David DiMichele. Sans doute l’exposition la plus dangereuse que l’on puisse visiter. A se demander pourquoi elle n’a pas encore été interdite.

A moins que ….

Ici comme ailleurs, le plus difficile à obtenir est l’effet de réel.

Epervier textorizé

S’il y a bien un genre peu pratiqué, c’est le calligramme. Tout le monde s’y essaie plus ou moins à l’école, obtient une bonne note pour son arbre à feuillage de mots, et puis … terminé.

Bien sûr, le genre est hyper connu. Il y a la bouteille de Rabelais, le recueil d’Apollinaire. Et puis … Et puis ?

Apollinaire garde le douteux privilège d’avoir officialisé un genre dont il reste le seul représentant  – hors quelques poètes confidentiels, et les petits enfants.

Anch’ io son pittore !

Heureusement, voilà Textorizer. Textorizer révolutionne le calligramme, au même titre que photoshop a révolutionné la retouche d’image. Prenez une photo. Trouvez un poème. Jouez quelques instants avec les réglages et vous voilà heureux propriétaire d’une œuvre immortelle.

D’accord, notre œuvre ne répond pas totalement aux canons du genre. Il y a de la couleur et la photo reste clairement visible. Mais, qui sait ce qu’aurait produit Apollinaire s’il avait disposé d’une imprimante numérique ?

Textorizer est gratuit, simple d’utilisation, et tout à fait amusant.

Et, traçant des cercles dans l’air,
L’épervier affamé piaule,
Noire virgule du ciel clair.

Théophile Gautier – Emaux et Camée

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