Publié par : artisandimaginaire | 4 février 2010

Robert Heinlein – Motifs, conseils et règles pratiques

Robert Heinlein, en 1947, participe à un symposium sur l’écriture de science fiction. C’est l’occasion pour lui d’exposer les règles d’or d’un genre dont il est depuis peu reconnu comme l’un des maîtres.

Robert Heinlein. Un homme qui a été considéré successivement comme un affreux réactionnaire et un dangereux gauchiste mérite qu’on s’y attarde. Pour ceux qui s’intéressent au personnage ou à l’œuvre, Génération SF a mis en ligne une série d’articles sur cet écrivain un peu oublié.

Comme quoi, on peut être un peu négligé par la postérité et furieusement à la mode, car Bifrost lui consacre ce mois ci un dossier complet. Avec deux nouvelles, une biographie et une bibliographie ainsi qu’un analyse complète de l’œuvre, c’est un numéro spécial Heinlein.  Numéro spécial dans lequel la rédaction de Bifrost eu la bonne idée de republier le texte de la conférence de 1947.

Ecouter Heinlein parler, c’est plonger dans un monde qui n’existe plus. Un monde peuplé de revues SF nombreuses et dynamiques, toutes prêtes à acheter un texte (parfois) de mauvaise qualité. C’est revenir à une période où Hubbard est un écrivain respectable et non le fondateur d’une secte qui fait payer une fortune chaque information tirée des ses délires.
Lire ce texte m’a donné l’étrange impression de scruter un univers parallèle, d’observer un endroit où les choses ne sont pas tout à fait les mêmes qu’ici. Quelque chose comme une conférence donnée par le Maître du Haut Château.

Voilà pour le contexte.

Les conseils maintenant. Pour Heinlein, il n’existe que trois structures pour une histoire :

  • Le Garçon-qui-rencontre-la-fille : l’histoire d’amour et toutes ses variations lumineuses ou tragiques.
  • Le Vaillant-petit-tailleur : toutes les histoires racontant l’ascension d’un individu quelconque. Un garçon de ferme destiné à devenir roi d’Aquilonie, par exemple.
  • Le Type-qui-change-d’avis : l’histoire d’un homme qui abandonne ses opinions initiales.

En partant de ces trois canevas type, Heinlein insiste sur l’importance de raconter l’histoire du personnage. C’est lui qui évoluera sous la pression des éléments, et c’est sur ses réactions que l’auteur peut construire une tension dramatique.

De même, si Heinlein juge important de conserver une trame science fictive rigoureuse, en particulier en ce qui concerne la plausibilité des explications données et le travail de documentation préalable, l’intrigue doit rester de nature humaine.

Une guerre bactériologique dévaste les terres agricoles des Etats Unis. Comment Joe Doakes, revendeur de voitures d’occasion pourra t’il nourrir sa famille ?

Enfin, Heinlein conclut sa conférence par 5 règles pratiques, que je ne résiste pas au plaisr de citer in extenso.

1. Vous devez écrire
2. Vous devez terminer ce que vous commencez
3. Vous devez vous retenir de le réécrire, sauf sur commande de l’éditeur.
4. Vous devez le mettre sur le marché.
5. Vous devez le maintenir sur le marché jusqu’à ce qu’il trouve preneur.

Publié par : artisandimaginaire | 25 janvier 2010

La grande liste des expressions françaises (et francophones)

J’adore les expressions, celles qu’on appelle « idiomatiques » pour bien marquer qu’elles n’auraient jamais du avoir droit de cité dans le dictionnaire.

Des bouts de phrase qui ont eu leur vie propre, et qui sont devenues d’usage courant. Parfois, elles viennent d’un fragment d’histoire, parfois il ne s’agit que du bon mot d’un auteur. Mais elles ont toujours trouvé un écho dans le public.

Dans ce domaine, on trouve de tout sur Internet. D’abord, trois sites sur les expressions françaises.
Trois sites de très bonnes tenue, et qui se complètent très bien.

Expressio - Le plus agréable à lire.

Francparler - Le plus complet pour les expressions contemporaines et familières.

Mon expression – Le plus érudit.

Par contre, pouir le reste de la francophonie, ma recherche a été moins fructueuse. J’ai trouvé peu de sites équivalents hors de France. Ou alors des sites faisnt également office de dictionnaire et listant des proverbes.

Voici tout de même quelques adresses…

Le grenier de Bibiane - Expressions québécoises.

Expressions namuroises et wallones

Autres expressions de la francophonie…

Si vous connaissez d’autres sites, les commentaires sont là pour ca…

Publié par : artisandimaginaire | 29 décembre 2009

Bernard Quiriny – Les outils de l’inspiration

Dans un entretien au magazine des livres (en 2008),   Bernard Quiriny expliquait comment trouver l’inspiration pour ses nouvelles, théorisant ce qu’il appelait les outils de l’inpiration.

1/ L’analogie
L’utilisation dans un nouveau contexte d’une idée puisée ailleurs.
Dans L’assassinat considéré comme un des beaux arts, Thomas de Quincey imagine une société d’esthètes passionnés par les meurtres.  Par analogie,  Bernard Quiriny transpose cette occupation en  goût pour les marées noires et l’utilise comme argument de sa nouvelle Marées noires.

2/ Le pied de la lettre
D’un homme qui raisonne admirablement, on dit qu’il prend de la hauteur.
En prenant l’expression au pied de la lettre, on obtient un thème pour une nouvelle fantastique ( Les hauteurs ).

3 / La réalisation fantastique
Réaliser l’impossible, transposer une rêverie ou un fantasme dans la vie quotidienne et en suivre les conséquences.
Ainsi dans la nouvelle Qui habet aures : être capable d’entendre tout ce qu’on dit à son sujet.

4 / L’analogie inversée
L’inverse de la première méthode. Au lieu de transposer une idée, on l’inverse.
Bernard Quiriny imagine ainsi de renverser l’idée du Jardin aux sentiers qui bifurquent de Borges. Au lieu que le réel se déploie en chemins divergents à chaque seconde, il se réunit peu à peu enregroupant des trames de réalité distinctes.

Publié par : artisandimaginaire | 23 décembre 2009

Victor Chklovski – Pour que la pierre soit de pierre

L’automatisme dévore les choses, les vêtements, les meubles, la femme avec qui l’on vit et la crainte de la guerre. [...] Et c’est justement pour rendre la sensation de la vie, pour sentir les objets, pour que la pierre soit de pierre, qu’existe ce qu’on appelle l’art. L’art est fait pour donner la sensation de la chose en tant que chose perçue et non en tant que chose reconnue.

Victor Chklovski – Résurrection du mot (1913)

Publié par : artisandimaginaire | 15 décembre 2009

Quelque chose plutôt que rien

equinox27 - missing house

Ce blog manque de photos, ces jours-ci…

Pour y remédier, je vous propose de découvrir le travail d’equinox27, qui propose sur flickr une série sur les maisons abandonnées.
Il a légèrement augmenté le contraste de toutes ses images, et leurs couleurs presque saturées donnent à ces maisons vides une légère sensation d’irréalité. Quelque chose entre le conte de fée et le conte d’Hoffmann.

Maintenant, pourquoi choisir cette photo pour présenter la série alors que c’est la seule qui ne montre aucun bâtiment ?

Justement parce qu’ elle présente, selon moi, de nombreuses similitudes avec le travail d’écriture.
On la regarde, et on se dit :  ‘Tiens, il manque une maison…’, comme on peut se dire en regardant une bibliothèque déjà bien fournie ‘Tiens, il manque encore un livre ! ‘.

Et puis, aller à la recherche de cette maison inconnue : d’abord quelques marches faciles d’accès, une promenade de santé, un plaisir. Puis une jungle broussailleuse, un désordre qu’il  faut travailler à la machette dans le noir complet. Un travail, long et fastidieux pour découvrir à la fin.. qu’il n’y a pas de maison et qu’il faut en plus la construire soi-même.

Publié par : artisandimaginaire | 7 décembre 2009

Lecture et Neurologie (littérature cathartique, littérature de récompense)

Les neurosciences sont décidément un domaine d’avenir. Voilà que grâce à quelques électrodes judicieusement placées, on peut apprendre ce que ressent le lecteur lorsqu’il se plonge dans un livre.
D’après les travaux de la psychologue Nicole Speer (Université  de Saint Louis), les zones activées lors de la lecture d’une action sont les mêmes qu’utiliseraient le lecteur pour réaliser la même action.

En clair, le lecteur se projette physiquement dans le héros. Ses mouvements sont inhibés bien sur, mais pour ce qui est de son cerveau, il se comporte en tous points comme s’il accompagnait le héros dans ses aventures. Il reconstruit les les textes qu’il lit en fonction de sa propre expérience. Voilà qui ouvre des perspectives vertigineuses…

Tout à coup je comprends mieux le succès jamais démenti de ces romans à deux sous peuplés de héros invincibles.

Deux amorces de réflexion :

- Celà expliquerait (au moins en partie), le plaisir que l’on prend au roman de terreur. S’immerger dans un texte horrifique, générateur d’angoisses, c’est également se plonger dans un univers où toutes nos peurs et nos misères quotidiennes sont relativisées.
Après tout, ce n’est pas si grave d’être au chômage. Au moins, on n’est pas poursuivi par des zombis. De plus, cette angoisse de substitution, on peut la maîtriser (ne serait ce qu’en fermant le livre), et d’autres études ont déjà montré que le simple fait de pouvoir contrôler une douleur la rend plus supportable.

- Surtout, celà donne un indice de ce que le lecteur attend de la lecture : on ne peut pas lui proposer d’anti héros absolu. Il faut que ce héros permette l’identification, puisqu’il s’agit de l’axe principal de la lecture. De même, il faut veiller à l’axe de transformation du personnage, puisque c’est également l’arc que va suivre, intimement, le lecteur.
Ce serait même intéressant d’apporter, par la lecture, quelque chose que le lecteur ne peut obtenir dans la vraie vie.

On peut tout faire avec un personnage. Le torturer, lui filer des coups de pied alors qu’il est déjà à terre.
Mais il est hors de question de faire d’aussi mauvaises manières à votre lecteur.

Pour ceux qui voudraient approfondir le sujet (et qui lisent l’anglais), quelques liens :

Segmentation in the perception and memory of events
Neuroimaging studies of mental rotation: A meta-analysis and review
Event perception: A mind/brain perspective

Attention toutefois : il s’agit de travaux de recherche, et leur contenu est aussi difficile que leurs titres le font craindre. Pour un texte de vulgarisation, il vaudrait mieux aller par là.

Publié par : artisandimaginaire | 29 novembre 2009

Dicoverb – Un logiciel pour tout conjuguer

Lorsque j’allais encore à l’école, j’avais un meilleur ennemi. Une bête noire. Et cette bête noire, c’était la grammaire. Plusieurs heures par semaine, il me fallait l’affronter sans armes réellement efficaces : mes notes de cours étaient incompréhensibles, mon cerveau fondamentalement réfractaire à toutes ces règles biscornues.

Mais avec l’expérience, j’ai fini par comprendre que si je ne pouvais vaincre la grammaire, je pouvais au moins la repousser.  A défaut de l’apprivoiser, l’éloigner un peu. Pour celà au moins, il y avait des outils.

Le petit livre rouge, par exemple. Le petit livre rouge de Mr Bescherelle était excellent pour se protéger des attaques de conjugaison.  J’ai découvert plus tard que le petit livre rouge de Mr Mao pouvait aussi servir contre les professeurs eux-mêmes, mais il était déjà trop tard et je n’ai jamais eu l’occasion d’essayer.

Le Bescherelle m’a maintenu vaille que vaille au dessus de la moyenne, et puis je l’ai perdu de vue. Dans l’ère numérique, il s’est effacé comme un gentilhomme de l’ancien siècle. Je l’imaginais retiré sur ses terres, méditant sur la versatilité des hommes et le passage du temps.

Et bien pas du tout, le gentillhomme a viré sa cuti. Dépouillé de sa livrée rouge, il est venu squatter mon ordinateur.
Comme un ancien prof de français qui viendrait sonner à la porte pour sortir en boîte.

Ca m’a fait un choc, mais je m’y suis fait. Après tout, il rend encore bien des services.

Dicoverb. Conjugue tout, même les mots les plus bizarres. Il ressuscite l’indicatif futur antérieur et le conditionnel passé deuxième forme.
C’est un logiciel léger (170 ko), que l’on peut utiliser sans installation depuis une clé USB.

Publié par : artisandimaginaire | 25 novembre 2009

Un animal avec un animal dans la tête

Un petit exercice proposé par Frederic Boyer, lors de son intervention au  Forum Le Monde – Le Mans 2009 :

Choisir un animal, au hasard.
Une vache, par exemple. Puis choisir quelques mots, quelques concepts, et tenter de les décrire dans le monde de l’animal.
Que serait pour une vache qu’une prairie ? La vitesse ? Un droit ou un devoir ?

Intérêt de l’exercice ? (outre son côté ludique évident)

Tenter d’approcher ainsi la lisière du monde humain et du monde animal.

Et au lieu de dissoudre notre distinction, elle fait apparaître ainsi, tragiquement, notre condition commune.

Une autre citation  (dont j’ai tiré le titre de ce billet) :

Un écrivain, c’est souvent un animal avec un animal dans la tête.

Publié par : roussard | 19 novembre 2009

Camouflage en bibliothèque

Desiree Palmen - Bibliothèque

Desiree Palmen est une artiste hollandaise qui déploit beaucoup d’efforts pour passer inaperçue. L’image ci-dessus la montre posant pour le photographe devant sa bibliothèque.

Le plus impressionnant, c’est qu’il n’y a pas de photoshop là dedans. Une simple photo, et des vêtements imprimés avec l’image des livres.
Le truc parfait pour pouvoir lire tranquille.

A la fin de 1939, il publia Statements ; peut-être le plus original de ses livres, sans doute le moins loué et le plus secret. Quain avait accoutumé d’argumenter ainsi : Il n’y a pas d’Européen (raisonnait-il)  qui ne soit un écrivain en puissance ou en acte.
Il affirmait aussi que des divers bonheurs que peut procurer la littérature, le plus élevé était l’invention. Puisque tout le monde n’est pas capable de ce bonheur, beaucoup de gens devront se contenter de simulacres. C’est pour ces « écrivains imparfaits », qui sont légion, que Quain rédigea les huits récits du livre Statements. Chacun d’eux préfigure ou promet un bon argument volontairement gâché par l’auteur.
L’un d’eux – non le meilleur – insinue deux arguments. Le lecteur, distrait par la vanité, croit les avoir inventés. Du troisième, The rose of yesterday, je commis l’ingénuité d’extraire  Les ruines circulaires, un des récits du livre Le jardin aux sentiers qui bifurquent.

Borges – Examen de l’oeuvre d’Herbert Quain in Fictions

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